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Nadia Beugré

Entretien de Nadia Beugré avec Luara Cappelle, Festival d’Automne à Paris
-
2017

  • Quel(s) tapis rouge(s) souhaitez-vous évoquer ?

NB : Quand je dis « tapis rouge », on pense tout de suite à des paillettes. Pour moi, c’était important de demander : quels sont les critères qui nous amènent à être sur un tapis rouge ? Qui décide ? Est-ce que ceux qui sont actuellement sur le tapis doivent y rester éternellement et est-ce qu’ils méritent même d’y être ?
Je veux étaler un tapis rouge, à l’inverse, pour les travailleurs, pour ces personnes qui se saignent alors qu’il n’y a aucune reconnaissance vis-à-vis d’eux – pas seulement en Afrique, mais partout. Ceux qui ont travaillé pour que le monde soit ce qu’il est aujourd’hui. Ce sont des personnes qui méritent de marcher sur ce tapis.


  • Vous vous étiez rendue au Burkina Faso avant la création en 2014. Est-ce que vous avez également voyagé avant cette nouvelle version ?

Je suis retournée là-bas. C’est lorsque j’étais au Burkina Faso que l’envie de faire ce projet était venue. Pendant des vacances, j’étais allée dans un village où j’avais
vu des femmes qui avaient des cicatrices sur leur corps.
On m’a dit que ces femmes travaillaient dans les mines : comme elles n’ont pas de matériel pour travailler, elles ont trouvé une technique en faisant couler leur sang,
pour aider l’or à remonter en surface.


  • Est-ce que vous les avez retrouvées quand vous y êtes retournée ?

La mine était fermée, on les avait chassées. Souvent, il y a des attaques dès qu’on commence à trouver de l’or dans une mine. J’ai aussi appris que quand il y a des écoles à côté, des enfants de primaire désertent pour aller eux aussi chercher de l’or. On a besoin d’eux pour les trous qui sont très peu larges.


  • Est-ce que vous pensiez à l’expression « cacher la poussière sous le tapis » en créant Tapis rouge ?

Oui. C’est parce que ces gens sont en bas qu’on met un tapis. Ce tapis, si on l’enlève, on trouve des crânes, des corps – on marche dessus.


  • De nouveaux artistes ont rejoint les deux interprètes d’origine, le musicien-compositeur Seb Martel et vous-même. À quel point ce tapis rouge a-t-il changé ?

Il y a maintenant deux autres personnes avec nous : le danseur Adonis Nebié et Aurélien Menu, un technicien plateau que j’ai embarqué avec nous, qui est tout le temps sur scène. Ça change, forcément, mais je prends l’exemple d’un quartier de dix habitants. Si d’autres personnes veulent venir y habiter, ça ne veut pas dire que son nom doit changer. Avec la présence de nouvelles personnes, on a essayé de développer cette « ville » : les dispositions ont changé, mais le cœur du projet est resté.


  • Quel travail avez-vous réalisé sur la création musicale avec Seb Martel ?

Seb a essayé de trouver sa contrainte à lui en fabriquant le son. Chacun est dans sa mine, dans ce projet. Il joue de la guitare sur scène et fabrique les choses en cherchant la connexion, en se demandant si cette musique-là me parle, comment je réagis en l’entendant.


  • Vous avez fait vos premiers pas dans les danses traditionnelles en Côte d’Ivoire. Est-ce un matériau chorégraphique que vous utilisez encore ?

Je suis un caméléon, je me laisse habiter par l’énergie de l’endroit où je me trouve. Ensuite, je choisis comment doser, selon mes questionnements. Je ne sais pas décrire ma danse : je cherche à dire quelque chose sans pour autant faire des triples pirouettes. Si je rate une pirouette, ça ne change rien au fait que ce que j’ai dit est vrai ou non. J’explore : je veux partir sur la base d’une danse traditionnelle, pas forcément de chez moi, et essayer de voir comment je la décortique. C’est un peu comme la colonne vertébrale, et ça devient autre chose.

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